Vu de l'extérieur, les sommets climatiques se suivent et se ressemblent. Le sommet de Varsovie, qui vient de s'ouvrir, ne semble pas différent des autres. Pourtant, derrière le discours alarmiste des ONG, la lame de fond avance.
Il n'y a pas si longtemps, j'assistais à une conférence d'un haut-responsable belge, en charge depuis des années des négociations sur le climat. Autant dire le genre d'homme de l'ombre dont tout le monde tait le nom, mais grâce à qui tout avance. Après qu'il nous ait expliqué, avec des trésors de pédagogie, la position belge en matière climatique, était venu le moment de bousculer notre interlocuteur: "ne pensez-vous pas que ces grandes conférences climatiques, au fond, ne servent pas à grand chose?" osa un jeune au fond de la salle.
Offusqué, notre homme se lanca alors dans une explication passionnée: bien sûr, on ne voyait pas les résultats dans les journaux. Mais c'était un travail technique, et des négociations de longue haleine. Et oui, du progrès, on en avait fait en 20 ans!
Je dois lui reconnaitre de m'avoir ouvert les yeux: bien sûr, il avait raison. On peut aujourd'hui s'alarmer sur la situation de la planète, mais ce n'est pas de l'optimisme béat que de reconnaitre que de fameux progrès ont été fait depuis le sommet de Rio en 1992. Alors bien sûr, on ne navigue pas dans le bonheur: il faut constater que le modèle de négociation multi-latéral onusien rend quasi impossible toute avancée rapide. Mais si l'on accepte de sortir pour un temps du temps médiatique, et du concept ridicule de "sommet de la dernière chance", le cadre pour les négociations climatiques est plutôt bien rôdé. Tous les six mois environs, les pays de la planète se réunissent, et les négociations sont continues.
Là où je suis aujourd'hui bien plus inquiet, c'est quant à la représentation du réchauffement climatique dans l'opinion publique. Durant plusieurs années, on a voulu nous sensibiliser sur un ton catastrophique. Les chaines de télévision consacraient des soirées entières au sujet. Le film d'Al Gore recevait l'oscar du meilleur documentaire. Bref, tout le monde était mobilisé, et on allait voir ce qu'on allait voir.
Et puis, il y a eu un échec retentissant: celui du sommet de Copenhague. Pas tellement à cause des résultats concrêts qui en sont sortis, comme je le disais plus haut, mais à cause de l'attente médiatique et citoyenne qu'il avait suscité. S'en est suivi une période de silence des militants de la première heure: puisque l'action à grande échelle ne portait pas ses fruits, il valait mieux revenir aux actions individuelles. C'était oublier que le terrain abandonné par ces militants seraient bien rapidement occupé par d'autres, et en premier lieu, les idées et intérêts climato-sceptiques, heureux d'avoir enfin voix au chapitre.
Où se situer aujourd'hui, dans ce magma complexe que constitue le réchauffement climatique? Il est tentant de céder au sentiment d'impuissance du téléspectateur devant son écran, qui voit tout mourir sans rien avoir à dire. Je crois pour ma part que le militantisme et la confrontation des idées restent importants. Il n'y a pas de sens unique à l'histoire, et personne ne peut nier que l'environnement est un défi majeur. Et je ne parle même pas que de réchauffement climatique: c'est tout notre rapport au vivant qui est problématique aujourd'hui.
De ce point de vue, il est presque rassurant de voir que des jeunes se mobilisent pour faire entendre une voix dissonante. L'initiative #trainCOP19, ou bien les jeunes délégués présents sur place font chaud au cœur, et on n'a qu'une envie: se laisser emporter par leur volontarisme...
...Et pourquoi pas?
